L’après « Baito AKB » : Interview exclusive avec Yui Chiyoda

Depuis 2005, AKB48 propulse des idols dans le star-system. Puis, les comètes s’éclipsent. Enfin, pas tout à fait. C’est ce que nous raconte Yui Chiyoda dont la trajectoire hautement imprévisible pourrait être un cas d’étude pour la NASA. Rencontre.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’être idol ?
Yui Chiyoda : Depuis les débuts d’AKB48, je suis fan du groupe. Et, sans le savoir, je me suis formée pour les rejoindre. Enfant, j’ai d’abord appris à jouer du piano et de la flûte. Puis, au lycée, j’ai été cheerleader. Quand j’ai commencé mes études en droit international, mon envie est revenue : je voulais devenir idol. Comme je n’étais pas très douée pour chanter, je suis allée à l’école de chant. Et puis, j’ai pris des cours d’éloquence pour être à l’aise en public. Et devenir la plus complète possible.

Comment entre-t-on chez AKB48 ?
Yui Chiyoda : Pour moi, ça a été très dur. J’ai participé à plusieurs castings et j’ai échoué à chaque fois. La sélection est impitoyable. J’étais proche de me décourager lorsque j’ai vu passer une annonce de casting à la télé. J’ai tenté ma chance une dernière fois et, le jour de mes 25 ans, on m’a annoncé que j’étais retenue. Le plus beau des cadeaux.

Comment s’est passée votre vie d’idol ?
Yui Chiyoda : AKB48 est un groupe qui englobe plusieurs équipes. Moi, j’étais dans la team Baito AKB. Entre le moment de ma sélection et le premier show, il ne s’est passé qu’un mois. Un mois d’entraînement intensif. On était 48 filles et il fallait retenir 30 chansons et chorégraphies. Les profs sont excellents mais d’une exigence redoutable. On terminait les journées avec plein de crampes. Mais sans jamais se plaindre. On savait trop la chance qu’on avait de faire partie de ce groupe.

Quelle était l’ambiance entre vous ?
Yui Chiyoda : La team Baito AKB n’est pas celle qui est la plus mise en avant. Notre souhait à toutes était de rejoindre l’une des équipes les plus en vue. Alors, nous n’étions pas vraiment amies, mais plutôt rivales. Dans ce groupe, nous étions parfois doublure pour les autres équipes. On montait sur scène pour les essais de lumière. Puis, on attendait ensuite en coulisses pour voir s’il y avait besoin de remplacer une autre chanteuse. On devait se préparer et se maquiller comme si on allait chanter. C’était assez ingrat. Et puis, nous n’étions payées que 1000 yens par heure (environ 8€).

Quel est votre souvenir le plus marquant ?
Yui Chiyoda : J’ai chanté dans des grandes salles de plusieurs villes du Japon. Et notamment au Tokyo Dome City Hall devant 3000 spectateurs. Après les shows, on participait aux « akushukai » (littéralement « évènement de serrage de mains »). Ce sont des rencontres avec les fans. Ils font la queue pour nous serrer la main, se prendre en photo avec nous ou nous glisser un petit mot. Le plus souvent, ils me disaient « Je t’aime » ou « n’arrête jamais de te battre ». Il y avait beaucoup d’hommes, mais aussi des familles qui m’encourageaient. Cela aide à tout surmonter !

Et qu’en est-il de votre pire souvenir ?
Yui Chiyoda : Être idol demande d’entretenir son corps comme une athlète de haut niveau. Il faut faire du sport, être endurante et ne pas faire d’excès avec la nourriture. Alors, que j’adore le vin. Surtout le vin français.

Quand avez-vous arrêté de faire partie des AKB48 ?
Yui Chiyoda : En 2015, la team Baito a été dissoute après un dernier show. L’aventure s’est arrêtée là pour moi, après un an de collaboration. Mais la société qui s’occupe des AKB48 m’a proposé de devenir égérie pour plusieurs marques. En ce moment, je travaille beaucoup comme modèle pour un magazine de golf, l’une de mes passions. J’ai joué dans la comédie musicale High School Musical et je pose parfois pour des DVD sexy (1). Je participe à plein de projets différents, mais celui qui me tient le plus à cœur, c’est que je suis devenue « shrine idol ».

Vous chantez des chansons d’AKB48 dans les temples ?
Yui Chiyoda : Non, pas du tout. Mon père est prêtre shinto dans un temple à Tokyo. Depuis 2012, je me forme pour devenir son assistante. Je veux utiliser ma notoriété pour sensibiliser les gens au rite shinto. Au sein du temple, je porte un costume traditionnel, le shozoku, et j’oriente les visiteurs qui viennent prier. Comme pour les arts martiaux, il y a des couleurs associées aux grades. Je porte encore du bleu, mais j’espère passer au grade violet dans quelques années. En attendant, j’ai monté la première chaîne youtube pour expliquer les subtilités du temple (2). Et, bien sûr, les Français sont les bienvenus !

Voici la vidéo d’ouverture de la chaine de Yui Chiyoda où vous pouvez y retrouver plein de conseils sur le comportement à adopter dans les temples shinto !

Yui Chiyoda – Twitter officiel

Interview réalisée à Tokyo par Mathieu ROCHER
Photos par Yui Chiyoda

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